Château Dufresne
Château Dufresne, a classified historic monument, is a luxurious Beaux-Arts-inspired middle-class residence erected between 1915 and 1918. The residence, built of Indiana limestone, consists of two semi-detached houses forming a unified whole. It comprises a rectangular two-storey main building topped by a flat roof surrounded by a balustrade, two side wings set back from the façade and rising to half its height, and a rear annex housing a winter garden. On the façade, two projecting end bays frame a central section adorned with three pairs of coupled columns with Ionic capitals. The gentle slope of the land exposes an additional storey at the rear. Château Dufresne is located on a large landscaped lot surrounded by a cast-iron fence, in the Mercier-Hochelaga-Maisonneuve borough of the city of Montréal.
The heritage value of Château Dufresne lies in its architectural interest. The residence is representative of Beaux-Arts-inspired residential architecture. This architecture, derived from the teaching of the École des beaux-arts in Paris, was frequently used for the construction of public buildings in Québec, and indeed throughout America, during the first quarter of the 20th century. More than a style, it is a method of composition based on the principles of balanced proportions, clarity of plan and correspondence between the character of a building and its function. The Maisonneuve public bath and gymnasium (Marius Dufresne, 1914-1916) and the Bibliothèque Saint-Sulpice (Eugène Payette, 1912-1914), both located in Montréal, are the most accomplished examples of this movement in Québec. Château Dufresne illustrates it through its monumentality, its frontality, the symmetry and horizontality of its main façade, and its use of classical ornaments such as the columns with Ionic capitals and the terrace roof bordered by a balustrade. Applied to residential architecture, as at Château Dufresne, Beaux-Arts architecture evokes the ambition of Québec’s francophone bourgeoisie in the early 20th century.
The heritage value of the château also lies in the innovative character of its construction technique. The house rests on twenty massive reinforced-concrete piers and also has a reinforced-concrete structure. This is one of the first uses of this material for residential construction in Montréal, and perhaps in Québec.
The heritage value of the château further lies in the richness and integrity of its interior decoration. The ornamentation stands out for the abundance, variety and richness of the materials used. The rooms adopt different styles: Oscar Dufresne’s drawing room is in the Louis XV and Louis XVI styles, while his dining room is in the spirit of the Italian Renaissance and his study is Gothic-inspired. The residence also contains a set of marouflage paintings, stained glass windows and wall decorations created by the Italian-born Montréal artist Guido Nincheri (1885-1973) between 1920 and 1938. This is one of the rare secular works by this artist. Nincheri is considered one of the leading painter-decorators and master glassmakers of the 20th century in Canada, and his career was crowned with numerous honours. In addition, the château contains many prefabricated elements ordered from American firms. Château Dufresne, which is open to the public, thus bears exceptional witness to the decorating tastes of the bourgeoisie during the first half of the 20th century.
The heritage value of the château lies, moreover, in the renown of its occupants. The first owners, the brothers Marius (1883-1945) and Oscar Dufresne (1875-1936), played a leading role in the development of the city of Maisonneuve, created in 1883 and annexed to Montréal in 1918. An architect and engineer, Marius designed several Beaux-Arts-inspired buildings that are landmarks in Maisonneuve’s built landscape, including the market (1912-1914), the fire station (1914-1915) and the public bath and gymnasium (1914-1916). He served as municipal engineer of Maisonneuve between 1910 and 1918. Marius also designed Château Dufresne, in collaboration with the French architect Jules Renard. He lived there with his brother Oscar, a prosperous industrialist who managed the family business. Established in Maisonneuve in 1900, the Dufresne and Locke shoe factory was a major employer in Maisonneuve for many years.
Château Dufresne
Le château Dufresne, classé monument historique, est une luxueuse résidence bourgeoise d’inspiration Beaux-Arts érigée entre 1915 et 1918. La demeure en pierre calcaire d’Indiana est constituée de deux maisons jumelées formant un ensemble unifié. Elle se compose d’un corps de logis rectangulaire à deux étages coiffé d’un toit plat entouré d’une balustrade, de deux ailes latérales disposées en retrait par rapport à la façade et s’élevant à mi-hauteur ainsi que d’une annexe arrière abritant un jardin d’hiver. En façade, deux avant-corps encadrent une partie centrale ornée de trois paires de colonnes jumelées à chapiteau ionique. La déclivité du terrain, en légère pente, dégage un étage supplémentaire à l’arrière. Le château Dufresne se situe sur un vaste terrain paysager entouré d’une clôture en fonte, dans l’arrondissement municipal de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve de la ville de Montréal.
La valeur patrimoniale du château Dufresne repose sur son intérêt architectural. La demeure est représentative de l’architecture résidentielle d’inspiration Beaux-Arts. Cette architecture, qui dérive de l’enseignement de l’École des beaux-arts de Paris, est fréquemment employée pour la construction d’édifices publics au Québec, mais aussi dans toute l’Amérique, durant le premier quart du XXe siècle. Plus qu’un style, c’est une méthode de composition qui repose sur les principes d’équilibre des proportions, de clarté du plan et de correspondance entre le caractère de l’édifice et sa fonction. Le bain public et gymnase de Maisonneuve (Marius Dufresne, 1914-1916) et la bibliothèque de Saint-Sulpice (Eugène Payette, 1912-1914), tous deux situés à Montréal, constituent les exemples les plus achevés de ce courant au Québec. Le château Dufresne en est une illustration par sa monumentalité, sa frontalité, la symétrie et l’horizontalité de la façade principale ainsi que par l’utilisation d’ornements classiques, comme les colonnes à chapiteau ionique et le toit en terrasse bordé d’une balustrade. Appliquée à l’architecture résidentielle, comme c’est le cas au château Dufresne, l’architecture Beaux-Arts évoque l’ambition de la bourgeoisie francophone québécoise du début du XXe siècle.
La valeur patrimoniale du château repose également sur le caractère novateur de sa technique de construction. En effet, la maison s’appuie sur vingt piliers massifs en béton armé et compte une structure aussi en béton armé. Il s’agit de l’une des premières utilisations de ce matériau pour la construction résidentielle à Montréal, voire au Québec.
La valeur patrimoniale du château repose aussi sur la richesse et l’intégrité de sa décoration intérieure. L’ornementation se démarque par l’abondance, la variété et la richesse des matériaux utilisés. Les pièces adoptent différents styles : le salon d’Oscar Dufresne est de style Louis XV et Louis XVI, alors que sa salle à manger est d’esprit Renaissance italienne et que son cabinet de travail est d’inspiration gothique. La demeure comprend, par ailleurs, un ensemble de peintures marouflées, de vitraux et de décorations murales réalisés par l’artiste montréalais d’origine italienne Guido Nincheri (1885-1973) entre 1920 et 1938. Il s’agit de l’une des rares oeuvres profanes de cet artiste. Nincheri est considéré comme l’un des principaux peintres-décorateurs et maîtres verriers du XXe siècle au Canada, et sa carrière a été couronnée de nombreuses distinctions. Par ailleurs, le château compte de multiples éléments préfabriqués commandés à des firmes américaines. Le château Dufresne, qui est ouvert au public, témoigne ainsi de manière exceptionnelle des goûts de la bourgeoisie en matière de décoration durant la première moitié du XXe siècle.
La valeur patrimoniale du château repose de plus sur la renommée de ses occupants. Les premiers propriétaires, les frères Marius (1883-1945) et Oscar Dufresne (1875-1936), jouent un rôle de premier plan dans le développement de la ville de Maisonneuve, créée en 1883 et annexée à Montréal en 1918. Architecte et ingénieur, Marius conçoit plusieurs immeubles d’inspiration Beaux-Arts qui constituent des repères dans le paysage bâti de Maisonneuve, dont le marché (1912-1914), le poste d’incendie (1914-1915) et le bain public et gymnase (1914-1916). Il occupe la fonction d’ingénieur municipal de Maisonneuve entre 1910 et 1918. Marius dessine également, en collaboration avec l’architecte français Jules Renard, le château Dufresne. Il y habite avec son frère Oscar, industriel prospère qui gère l’entreprise familiale. Établie à Maisonneuve en 1900, la manufacture de chaussures Dufresne et Locke est un employeur important de Maisonneuve durant plusieurs années.